echec scolaire; entrepreneure; entreprise;

Dafna Mouchenik : “Mes échecs scolaires ont fait de moi, une entrepreneure !”

Dafna est fondatrice de Logivitae, une entreprise de services d’aides à domicile, qu’elle a fondée en 2007. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, son parcours n’a pas été un long fleuve tranquille. Difficultés scolaires, dyslexie ont fait de Dafna, une personne en échecs scolaires. Pourtant, avec sa ténacité et son goût pour l’entre-aide, elle démontre qu’il est possible de réussir. Témoignage.

1- Dafna, tu es dirigeante de Logivitae, une entreprise de services d’aide à domicile que tu as créée en 2007.  Est-ce que l’on peut dire que tes études t’ont menée à la création d’entreprise ?

Oui ! ( rires ) Oui, oui, on peut dire ça ! Je me destinais à être travailleur sociale, à prendre soin de l’autre, des personnes en difficulté. En ce sens, je suis donc tout à fait à ma place chez Logivitae. Après, les personnes qui ont ma formation sont plutôt créateurs d’association et non créateurs d’entreprise. Du coup, je pense que d’avoir un profil un peu décalé m’a permis de faire quelque chose d’hybride… mais ça n’a pas été une route toute tracée…

2- Est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi ?

J’ai été très malheureuse à l’école ! Très longtemps ! J’étais en grosse difficulté malgré beaucoup d’efforts. En réalité, je suis une grande dyslexique ! A l’époque – et je pense que c’est beaucoup moins vrai, aujourd’hui – les enfants comme moi, n’avaient pas leur place à l’école. Ils en étaient dégagés assez vite !

Et c’est ce qu’il s’est passé… A la fin de ma 3e, j’ai été orientée en BEP ( Brevet d’Etudes Professionnels ) sanitaire et social. J’ai été très malheureuse de ne pas pouvoir intégrer le cursus général… mais dans mon malheur, j’ai quand même eu la chance d’aller vers une filière, qui correspondait à ce que je voulais faire !

En réalité, je suis une grande dyslexique ! Les enfants comme moi n’avaient pas leur place à l’école. Ils en étaient dégagés assez vite ! 

Ce BEP a finalement cassé ce cercle infernal d’échecs. Comme j’étais avec d’autres élèves en difficultés, d’un seul coup, je n’étais plus la plus mauvaise ! Ce qui fait un bien fou ! Et puis, ce BEP était très pratique : il nous préparait à entrer vite dans la vie active… Personnellement, il m’a permis de faire des stages – en maison de retraite par exemple, celui-ci a eu beaucoup d’incidence sur la création de Logivitae, – , de travailler avec des enfants handicapés, ou de me dire qu’il fallait que je passe mon BAFA très tôt… Une fois ce BEP en poche, j’ai passé le Bac SMS ( Sciences Médicosociales ), et puis j’ai intégré un DUT Carrières sociales, à Paris V. Là, je me suis vraiment régalée ! C’était passionnant ! Mais compliqué aussi car je n’avais pas réglé mes problèmes de dyslexie. Du coup, je l’ai passé en 3 ans.

Ensuite, je suis rentrée dans la vie active. J’y étais bien plus à l’aise qu’en classe. J’avais trouvé ma place. J’ai passé un diplôme d’état – qui n’existe plus aujourd’hui ( rires ) – et après quelques années, j’ai créé Logivitae. Toutefois, il fallait quand même analyser et comprendre l’environnement dans lequel j’étais. Ma première partie de carrière, était de prendre soin des enfants mais l’accompagnement des personnes âgées à domicile ou en situation de handicap, c’était nouveau pour moi. J’ai donc intégré à Science Pô, un master en politique gérontologique et gestion d’établissement pour personnes dépendantes. L’ensemble de mon parcours scolaire a été riche en rebondissements et d’une grande richesse !

Est-ce que tu dirais que ces expériences ont été des atouts, dans la création de ton entreprise ?

Oui complètement ! Et je crois que le fait que ça ait été difficile pour moi, me permet aussi de regarder les autres autrement. Je ne suis pas particulièrement attachée aux diplômes. Je ne pense pas que nous puissions juger quelqu’un, simplement sur ses facilités scolaires, ou sur un parcours sans faute. J’aime bien les parcours biscornus ! ( rires ) Souvent on a à faire à des gens riches… riches de sens et de persévérance… Mon parcours influence aussi ma façon de m’entourer !

3- Et aujourd’hui, avec ce parcours et du recul, est ce que tu te sens plus légitime à ton poste de cheffe d’entreprise ?

Enfant, j’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont beaucoup encouragé. Et ce, malgré les échecs ! Grace à eux, je ne manque pas de confiance en moi ! ( rires ) Je me remets en question mais je ne doute pas de ce dont je suis capable d’accomplir. Certainement que mon parcours m’a conforté dans cette idée là ! Parfois d’ailleurs, c’est un travers ( rires ) Il y a des fois où il aurait fallu que je doute un peu ! ( rires ) Y compris dans la création de cette entreprise ! Il y avait tellement de choses que je ne savais pas faire ! C’était un peu dingue de ma part, de les avoir faites quand même ! ( rires ).

4- Dirais-tu que tes études et tes expériences de vies, qui t’ont finalement façonnée, ont aussi façonné ta politique de travail aujourd’hui ? 

Je pense ! ( rires ) A Logivitae, nous sommes très attachés à accompagner les aides à domicile, à se former. Je travaille avec beaucoup de femmes qui, pour une raison ou pour une autre, n’ont pas fait d’étude. Des femmes qui doutent beaucoup, pensent qu’elles ne sont pas capables, ni faites pour les études.

Je pense que j’ai cette capacité d’encouragement, d’enthousiasme, autour de ce processus car je l’ai vécu moi-même ! Il faut absolument valoriser son équipe, dire quand les choses vont bien.

C’est faux ! Tout doucement, on leur en parle et on les encourage à suivre des formations. Surtout aujourd’hui, en France, on a cette chance d’avoir les VAE ( la Validation d’Acquis d’Expériences ) et d’obtenir le diplôme ( après coup ! ) du métier que l’on pratique. Ca révèle chez elles, une confiance « en soi » nouvelle ! Une reconnaissance et une envie de continuer à se former !

Donc finalement, tu n’as pas une politique d’entreprise « classique », c’est-a-dire descendante mais plutôt horizontale et proche de tes salariés ? Tu fais en sorte qu’ils soient heureux au travail ?

Effectivement, la qualité de vie au travail, surtout dans notre secteur, c’est ce qui fait la différence ! Le secteur est très compliqué, voire maltraitant parfois, avec ses salariés. On a trop peu de personnes qui souhaitent travailler dans ce milieu, être confrontées à des gens malades, être mal payées… C’est le lot du secteur médicosocial ! Il y a des leviers sur lesquels, malheureusement, je ne peux pas encore trop interagir. C’est pourquoi je préfère me positionner comme quelqu’un qui est là pour aider, encourager, rassurer et non compliquer le quotidien des professionnels !

D’ailleurs dans nos locaux, mon bureau est tout de suite derrière la porte d’entrée, pour que mon équipe puisse venir me voir si ça ne va pas. Ce qui me met parfois dans des situations un peu étonnantes ! ( rires ) Mais j’aime beaucoup ça !

Mais du coup, n’est-ce pas difficile de jongler avec votre casquette d’entrepreneure ?

Je crois que c’est ce qui fait sens, en fait ! Créer l’entreprise, n’était pas une fin en soi pour moi. Mon plaisir n’était pas d’être cheffe d’entreprise mais de créer une boîte à mon image, où l’on se reconnaît, où l’on partage des valeurs communes. C’est ça qui m’animait dans le fait de créer mon entreprise ! D’ailleurs, c’est très difficile d’être cheffe, de manager – je n’aime pas ces mots, il faudrait en inventer d’autres – une équipe. Ce n’est pas simple ! On peut faire des maladresses bien malgré soi, créer sans le vouloir des injustices, être obligé de faire des choses désagréables parfois… c’est délicat d’être cheffe d’entreprise !

5- Si tu avais un conseil à donner, à des entrepreneures ou porteuses de projet, qui n’ont pas forcément eu un parcours scolaire classique, quel serait-il ?

Ne pas s’interdire : si elles s’en sentent capables, il ne faut surtout pas qu’elles se l’interdisent ! Je crois que les gens qui sont différents, qui ont une sensibilité différente, qui ont des études et un parcours singulier, développent souvent une belle empathie. C’est pour moi, la clé de tout ! Se mettre à la place de l’autre, essayer de comprendre l’autre est essentiel. A mon sens un monde uniforme serait bien triste !

 

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