Entrepreneure, entreprise CAC 40

Numéro Une, une histoire de femmes

Numéro Une, dernier long-métrage de Tonie Marshall, sorti dans les salles en 2017, pointe du doigt une problématique sociétale bien connue du monde des affaires en France mais trop souvent étouffée : le phénomène du plafond de verre. À travers Emmanuelle Blachey, personnage principal du film, la réalisatrice explore la misogynie dans les hautes sphères patronales du CAC 40, sans pour autant tomber dans la caricature.

Concentrée en 110 minutes de film, l’épopée d’Emmanuelle Blachey (interprétée par Emmanuelle Devos), cadre supérieure d’une grande entreprise d’énergie, accepte à l’instigation d’un groupe de femmes de pouvoir, de se lancer à l’assaut de la direction d’une société du CAC 40. Et ainsi devenir la première femme de l’histoire du monde boursier, à accéder à une telle place. Numéro Une se veut une description fine des divers mécanismes de misogynie, à l’œuvre dans le milieu des affaires, qui sont autant d’entraves pour les femmes au gravissement des échelons. Ici le problème n’est pas d’être patron mais de vouloir être patronne.

Femme à jour, sexisme toujours

Tonie Marshall et sa coscénariste Marion Dussot, aidées par Raphaëlle Bacqué, reporter au Monde, se sont longuement documentées et préparées pour l’écriture du scénario. Riche en réalisme, le film dévoile les humiliations quotidiennes subies par les femmes en entreprise qui, même aux plus hautes fonctions, doivent composer avec le sexisme : « Les nerfs, c’est pour les femmes », martèle Jean Beaumel, bête noire des politiques et des patrons (rôle tenu par Richard Berry), opposé à l’ascension d’Emmanuel Blachey.

Emmanuelle Blachey, l’archétype de l’entrepreneure

Numéro Une veut dire et montrer beaucoup de choses. Il dévoile les nouveaux obstacles de la femme moderne, à la fois mère de famille, épouse et entrepreneure : Emmanuelle Blachey a un mari qui la soutient mais lui reproche son absence, des enfants dont elle doit s’occuper et un père, confident et conseiller, qui est malade. Sans forcer les traits ni tomber dans la caricature, la réalisatrice dessine un beau personnage principal, puissant, disposant de compétences (humour, finesse d’analyse, aptitude à prendre des décisions, à vouloir comprendre ses interlocuteurs quitte à échanger et négocier dans leur langue) que ses supérieurs lui envient, et que les hommes lui reprochent. Le film n’en oublie pas pour autant de mettre en valeur les seconds rôles, quant bien même ces derniers soient inégalement développés. Un déséquilibre qui sert à souligner la solitude du pouvoir. Un message parfois difficile mais néanmoins empli d’espoir.

 

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